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Curiosités architecturales

05 imagette.JPG Sculpture de l'église de Saint-Bonnet
Modillon de l'abside (corbeau sculpté)
Tonnelet ou dolio ?
Péché capital illustré : la luxure

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Meurtre au moulin

En 2016 la "Compagnie du moulin à … paroles"
fait revivre un fait divers qui s'est déroulé au moulin le 1er octobre 1920

Le 25 mars 2017, 220 spectateurs étaient présents pour la première représentation de la pièce tragi-comique « Mourir pour un moulin à vent ». Le dimanche ils étaient encore 150. Et tous ont apprécié la prestation des comédiens, la qualité et l’originalité de la mise en scène. Ils sont repartis admiratifs. A Cuzance ce sont 200 spectateurs qui ont assisté à la représentation. Depuis d’autres représentations ont été données dans les communes environnantes. Ce sont plus de 2000 personnes qui ont vu cette mise en scène d’un fait divers qui s’est déroulé au moulin de Gignac.

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Le 1er octobre 1920 François Treille (qui se croyait propriétaire du moulin à vent) tue près du moulin Joseph Faurel, ouvrier boulanger qui prétendait lui aussi que le moulin lui appartenait, considérant qu'il était l'héritier de Joseph Dalet son grand-père propriétaire du moulin (sa mère, la fille de Joseph Dalet, était décédée en 1880).

Le récit des événements

Extraits des minutes du tribunal de grande instance de Gourdon (20 octobre 1920)
Le 1er octobre dernier, vers deux ou trois heures, la dame Veuve Desplats se trouvait aux alentours du moulin lorsqu'elle aperçut Faurel qui, dans le moulin même, essayait de murer une porte. Treille survint et se mit aussitôt à démolir ce que Faurel édifiait. Une querelle inévitable s'éleva aussitôt. Faurel saisit au collet et secoua violemment Treille qui tenait une pierre à la main. "Laissez la pierre, lui disait-il, je vous lâcherai."
La veuve Desplats essaya bien de leur donner des conseils de modération, mais comme ils ne les suivaient pas, elle alla chercher un voisin le sieur Force; celui-ci parvint à les séparer et conduisit Treille chez lui; mais celui-ci n'y demeura pas et, une heure après environ, la querelle reprenait. Le vieillard était allé chercher un fusil; s'il en faut croire son récit, il serait alors revenu vers le moulin. Faurel l'ayant aperçu et allant aussitôt vers lui, il aurait reculé jusques à un chemin peu éloigné de la maison d'un sieur Valette. Les deux hommes se seraient alors invectivés, dit le témoin, Faurel très excité criant à Treille : "Tire, mais tire donc!" Il aurait jusqu'à dix fois répété ces mots en se plaçant de profil de manière à présenter seulement le flanc gauche. Le témoin eut beau crier à Treille de ne pas tirer, soit que celui-ci ne l'ait pas entendu, soit qu'il n'ait pas voulu l'entendre, il tira un premier coup de feu, manquant son adversaire, puis, quelques secondes après, un second. Mortellement atteint, Faurel poussa un cri de douleur, essaya de s'éloigner, mais fut obligé de s'étendre après avoir parcouru seulement une douzaine de mètres; il mourait après une très courte agonie.

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Rapport d’autopsie
Je soussigné Amédée Ferrière, docteur en médecine résidant à Gourdon Lot, commis par Monsieur le Juge d’Instruction près le tribunal civil de Gourdon, me suis transporté après avoir prêté serment le 2 octobre 1920 à 4 heures du soir au lieu dit le Moulin à Vent Commune de Gignac, à effet d’examiner le cadavre du nommé Faurel qui avait été assassiné à cet endroit.
Examen du corps
Le corps que les assistants reconnaissent pour être celui du nommé Faurel Joseph se trouve couché au milieu d’une friche non loin d’un moulin à vent délabré et inoccupé.  Le corps est celui d’un homme encore jeune, paraissant 40 ans environ et assez fortement constitué. Il est couché sur le côté droit, le bras droit allongé et le bras gauche replié. La tête en position décline est violacée par suite de l’afflux du sang vers cette région, et en même temps on voit sourdre quelques gouttes de sang de la narine droite. Les membres sont en état de rigidité cadavérique mais la décomposition du corps est peu avancée, ce qui indique une mort assez récente. A la face je constate quelques légères blessures ressemblant à de petites écorchures de forme arrondie, quatre sur le front, une sur le nez, une sur la joue, une à la tempe gauche et une derrière l’oreille droite. Ces blessures ont été d’abord prises à cause de leur forme ronde pour des trous de plomb, mais il paraît que Faurel qui était d’humeur vagabonde et couchait parfois dans les bois portait ces blessures avant sa mort. En effet en incisant la peau au niveau de ces blessures je ne trouve nulle part aucune trace de plombs.
Si au contraire on porte les yeux sur le côté droit du corps on aperçoit sur une longueur de deux décimètres carrés environ les vêtements criblés de trous produits par des plombs dont quelques-uns tombent en dépouillant le corps. Les vêtements enlevés, la peau du flanc droit apparaît aussi perforée par toute une décharge du fusil chargé avec du plomb du calibre 4 ou 5 et au milieu de ces légères blessures de plomb on remarque un trou plus grand saignant, ressemblant à l’orifice d’entrée d’une balle. Cet orifice est situé à 8 centimètres au-dessus de la crête iliaque et à 2 centimètres en arrière de la ligne axillaire.
Autopsie
Je procède ensuite à l’ouverture du corps. La cavité abdominale est remplie d’une grande quantité de sang épanché, deux litres environ. Le grand épiploon est taché de sang et noirâtre. Au-dessous on trouve la rate contusionnée et perforée tant par les plombs dont quelques-uns ont pénétré à l’intérieur que par le gros projectile qu’on m’affirme devoir être une bille à jouer que le meurtrier avait introduite avec les plombs dans son fusil. Un peu plus haut dans le ventre et à droite je trouve le foie perforé de part en part ainsi que le diaphragme qui sépare l’abdomen du thorax.
J’ouvre ensuite la cavité thoracique qui laisse s’échapper une certaine quantité de sang, et alors je puis constater que la région supérieure du poumon droit a été aussi perforée, et soulevant le poumon je découvre le trajet final du projectile qui est venu perforer encore la paroi thoracique et s’est arrêté et s’est arrêté sousla peau, un peu au-dessous du sein droit, entre la 9e et la 8e côte. La bille que je retire est de grosseur moyenne. Cette bille est donc entrée comme une balle au niveau du flanc droit passant entre la 11e et la 10 e côte qui a été fracturée. Elle a traversé la rate puis toute l’épaisseur du foie, le diaphragme, le lobe supérieur du poumon droit pour s’arrêter sous la peau entre la 9e et la 8e côte. Ce projectile a donc suivi une ligne oblique de bas en haut et de gauche à droite ce qui fait supposer que le meurtrier était en contrebas par rapport à la victime et que peut-être celle-ci cherchait à faire demi-tour, c’est-à-dire avant d’être frappée. C’est évidemment cette bille à jouer qui a déterminé une mort rapide par suite de la violente hémorragie consécutive à la déchirure des viscères très vasculaires comme le sont la rate et le foie. Si le fusil n’avait été chargé qu’avec du plomb la victime aurait probablement succombé tout de même à cause des plombs qui ont été trouvés dans la rate, mais elle aurait pu survivre plusieurs jours.
Conclusions
1° La mort de Faurel remonte à 24 heures environ
2° Elle est certainement due à une blessure très grave déterminée par un coup de fusil tiré à courte distance.
Fait à Gourdon le 16 octobre 1920
D. Ferrière

Témoignage recueilli auprès de Léonie Simbille en 1968

 "Dans la dernière maison à droite, avant d’arriver au moulin, habitait la famille Treille. Le père est parti métayer pour nourrir ses enfants. Il en avait quatre. Ils ne pouvaient pas vivre là, alors ils sont partis ailleurs. Quand les enfants ont été élevés, grands, il est revenu là avec sa femme.
Ça vivotait comme ça pouvait. C’était un dur. Quand on parle de Treille, eh  bien… il voulait pas qu’on aille l’embêter chez lui. En dernier il a fait le garde-champêtre. Il doit être mort en 23 ou 24. A un moment il habitait seul, après que sa femme a été morte.
Et puis un malencontreux voisin est venu lui dire que le moulin lui appartenait, a voulu l’habiter, s’est mis à murer le moulin, mais c’est que Treille disait que le moulin était à lui, il ne voulait pas que cet ancien ouvrier-boulanger couche dans le moulin. Il avait peur, il avait tellement peur qu’il l’a tué d’un coup de fusil.
Celui qui a été tué, c’est un nommé Faurel qui avait été ouvrier-boulanger à Gignac. Ce Joseph Faurel  était devenu presque fou. Il avait la folie de la persécution. Il croyait que tout le monde le suivait, que tout le monde lui en voulait."

Témoignage recueilli auprès de Jeanne Védrenne en 1984
"Mon Treille est arrivé dans le bourg, heureux, disant que cette fois-ci il l'avait eu. Naturellement ça a fait sensation.
Quand nous sommes sortis de l'école, il y avait deux gendarmes et Treille au milieu, sa fille à côté. Nous autres les enfants, nous sommes passés à côté, vous savez, c'était une répulsion de voir quelqu'un qui avait commis un meurtre.
Cette image est toujours sous mes yeux. J'en ai été marquée toute ma vie."

Le meurtre vu par les journaux de l’époque

Meurtre à Gignac
(Le paysan du Lot n° 51 du 16-31 octobre 1920)

Un ancien ouvrier boulanger, peu recommandable, nommé Joseph Faurel et âgé de 45 ans, s’était logé dans un ancien moulin à vent qu’il prétendait lui appartenir et dont le sieur Treilles Jean, un vieillard de 86 ans, très violent de caractère, revendiquait la propriété. A ce propos, ils se prirent de querelle et le vieux Treilles, allant chercher un fusil, armé de chevrotines, le déchargea par deux fois sur son adversaire qu’il tua net.
Le meurtrier est blâmé justement par tout le monde, mais on ne plaint pas beaucoup la victime et on considère sa mort comme un débarras pour le pays.

Le journal du Lot, n° 118 du mercredi 6 octobre 1920

Notre correspondant de Gignac nous a adressé à la date du premier octobre la note suivante que nous n’avons reçu que le 4…
Aujourd’hui vers 3 heures du soir, le sieur Treilles Jean, âgé de 86 ans, domicilié au lieu-dit du Moulin, à la suite d’une querelle, a tué de deux coups de fusil le nommé Faurel Joseph âgé de 45 ans ancien garçon boulanger.
La victime était peu recommandable et la population, quoique blâmant l’acte criminel, n’a été émue d’aucune manière.
La gendarmerie informée par télégramme se trouva sur les lieux à 11 heures du soir.
Voici quelques renseignements complémentaires sur ce crime :
Deux habitants de Gignac, Treille 85 ans, et Faurel, 40 ans, ouvrier boulanger, sans travail ni domicile fixe, se disaient tous les deux propriétaires d’un vieux moulin à vent auquel l’âge et les éléments avaient fait perdre les ailes.
Le nommé Faurel, se trouvant sans asile, avait jugé bon d’y élire domicile. Treille étant allé visiter par hasard cette vieille bicoque, s’aperçut avec étonnement qu’une des portes était barricadée avec des pierres. Il s’empressa incontinent d’enlever consciencieusement tous ces matériaux.
Dans la soirée, il eut la malencontreuse idée de revenir dans ces parages pour s’assurer de l’état des lieux. Il remarqua à nouveau que les pierres avaient été soigneusement replacées  et se mit aussitôt en devoir de les enlever une deuxième fois. Pendant ce travail, Faurel sortit de l’intérieur du moulin et sauta au collet de Treille, qui se défendit énergiquement, malgré son âge. En marchant et se disputant, ils arrivèrent à une maison voisine, où madame Valette parvint à les séparer.
Treille, mécontent, alla prendre son fusil, spécialement chargé pour la chasse au sanglier et vint rejoindre Faurel.
Les invectives recommencèrent de plus belle. Treille tira un coup sur Faurel, mais le manqua, quoique son adversaire ne fût placé qu’à environ 5 mètres. M. Valette, entendant du tapage, sortit précipitamment de sa maison et cria à Trille de ne pas tirer ; mais ce dernier étant sourd, n’entendit pas M. Valette, alors se précipita sur Treille pour le désarmer, mais trop tard, car un second coup partit, abattant Faurel, qui expira une heure après.
Le meurtrier, qui est un violent, mais qui jouit de l’estime de ses concitoyens, alla aussitôt, sur les conseils de M. Valette, déclarer son crime à la mairie.
Comme on le voit, c’est le crime banal, trop commun, hélas ! dans nos campagnes.

Le journal du Lot, mercredi 15 décembre 1920
GOURDON Cour d’Assises du Lot

La session des Assises du Lot s’est ouverte lundi matin sous la présidence de M. Ladevèze, conseiller à la Cour d’Appel d’Agen, assisté de MM Grimal, président, et de Cuniac, juge au tribunal civil. L’accusé est un vieillard de 85 ans Treille François cultivateur à Gignac, né le 30 décembre 1835. Il est inculpé de meurtre.
M. Belvèze, procureur, soutient l’accusation ; Me Alibert du barreau de Gourdon, est assis au banc de la défense. Après la constitution du jury, Bonnefous, greffier en chef, donne lecture de l’acte d’accusation.
Le président procède à l’interrogation de l’accusé. Treille est sourd comme un pot. Il faut que les questions lui soient transmises par son avocat. Mais Treille répond avec vivacité et il affirme que s’il a tiré un coup de fusil, c’était son droit.
Les témoins donnent de bons renseignements sur l’accusé, pas trop bons sur la victime.
M. le Procureur, dans un réquisitoire sévère, demande une application sévère de la loi. Maître Alibert, dans une habile plaidoirie, réclame l’acquittement de son client. A la question du président : « Accusé, vous n’avez rien à ajouter pour votre défense ? », question qui lui est criée dans l’oreille par Maître Alibert, Treille répond : « Suï innoucén coumo un tsé. »
Après une demi-heure de délibération Treille est acquitté. La session est close.


Date de création : 02/09/2020 13:21
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