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La vigne sur le Causse de Martel

Quand la sobriété devait être une des grandes vertus Républicaines...

A la fin du XVIIIe siècle, et sans doute depuis des siècles, la vigne était exploitée à Gignac et à Saint-Bonnet. Sans doute, à en croire le registre de délibérations de la Commune de Saint-Bonnet, y-t-il eu des abus ! au point que le 25 ventôse de l'an II des règles strictes ont été imposées aux citoyens :

Règlement du 25 ventôse de l’an II touchant les cabarets

L’agent national déclare à une réunion où tous les cabaretiers du village étaient tenus d’assister :
« Je viens pour dénoncer un grand abus funeste au bon ordre et à la tranquillité publique. Il s’est formé et introduit dans plusieurs villages confins de cette commune des cabarets où la jeunesse et ivrognes tant de la présente commune que des communes voisines passent la journée même souvent la nuit à boire et riboter. Le bon ordre exige qu’on mette une fin à cet abus surtout en ce moment que les (despotes) ( ?) coalisés font tous leurs efforts pour réduire la République à la famine, il y a très peu de vin dans la commune, mais s’il était fait un bon usage de celui qu’il y a il pourrait presque être suffisant pour aider à alimenter les habitants de cette commune.
En conséquence je vous sollicite la suppression de tous les cabarets établis dans les villages et un règlement tel que votre sagesse pourra dicter. »


Sur quoi le conseil général et le Comité de surveillance ayant délibéré, ils ont tout unanimement convenu et arrêté le règlement suivant :

1°) arrête premièrement qu’il n’y aura dorénavant aucun cabaret dans aucun village de la commune, pas même d’auberge, en conséquence ordonne que ceux établis dans les villages du Masset, La Sotte, La Veyssière, La Bellonie et autres lieux cesseront dès ce jour de fournir à boire et manger dans leur auberge,

2°) secondement que le vin qu’ils se trouveront avoir et qu’ils pourraient avoir par la suite ils le pourront vendre à pot et à pinte aux particuliers en observant de ne donner qu’une bouteille par personne, et cela au prix de la taxe qui va être réglée au premier germinal prochain. Défenses sont faites à quel citoyen que ce soit d’établir de cabaret dans les villages à moins que par la suite cela soit jugé utile.

3°) troisièmement pour ne pas priver les étrangers passagers d’une retraite et d’un endroit où ils seraient assurés de trouver du vin, et une retraite, il sera maintenu un seul cabaret dans le présent bourg que le nommé Jean Vitrat tient et se charge de continuer de tenir. Et il tiendra ledit cabaret dans la maison du citoyen Vergne située au présent bourg.
Ledit Vitrat ne pourra fournir à boire et auberger que les passagers étrangers auxquels il fournira du vin, et au cas que ce passager étranger soit de trop loin pour avoir apporté du pain, dans ce seul cas il fournira du pain sur le requis de la municipalité, autrement il ne fournira que le vin.
Il fournira également à boire dans son auberge aux citoyens des villages éloignés de la présente commune qui se rendront au présent bourg pour leurs affaires. Autrement il lui est expressément défendu de fournir à boire aux citoyens domiciliés du présent bourg et villages voisins sous quels prétextes que ce puisse être.
Il lui sera cependant permis de vendre du vin aux autres particuliers, mais de n’en donner qu’une bouteille par personne, et de n’en point donner soit aux étrangers soit en vendant à pot et à pinte après une heure de nuit. Le tout sous la peine de 10 livres d’amende pour la première fois et double avec interdiction la seconde, applicable la deuxième amende au soulagement des nécessiteux.
Il est expressément défendu de mettre de l’eau dans le vin qu’il débitera, mais de tenir son cabaret provisionné en aussi bonne qualité de vin qu’il sera possible. Le tout sous la peine de 10 livres d’amende et d’interdiction.
Il est défendu aux particuliers de la présente commune de s’assembler au delà de trois personnes pour boire chez eux à moins que leurs affaires en exigent un plus grand nombre et dans ce cas ils en préviendront des officiers du Conseil Général ou à défaut des surveillants.
La même amende sera supportée par les cabaretiers et particuliers des villages qui auront outrepassé le présent règlement. Il est convenu et arrêté entre tous les membres composant le conseil général et comité de surveillance de la présente commune que chacun tiendra l’œil le plus scrupuleusement possible et surveillera chacun dans son endroit.

Le grand avantage qu’il résulterait si on pouvait engager tous les pères de famille à consommer le vin qu’il boit lui seul dans un cabaret pendant que s’il le buvait dans sa famille avec sa femme et ses enfants il faudrait moins de pain et autres aliments et par ce moyen le peu de grains qui est dans la commune serait mieux en état de suffire, d’ailleurs la sobriété doit être une des grandes vertus Républicaines.

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Vendanges sur le chemin du moulin en 1937

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Vendanges en 1970

La vigne, une source de revenus

Avant l'apparition du phylloxéra sur le Causse de Martel (1876), les familles vivaient en grande partie du revenu de leurs vignes. Par exemple, les ardoisiers de Donzenac venaient avec deux ou trois charrettes remplies d'ardoises, et ils repartaient avec du vin.
Il faut imaginer le Causse presque entièrement recouvert de champs bordés de murs de pierres et de "cheyrous". Les familles pratiquaient la polyculture : betteraves, topinambours, choux-raves, pommes de terre, maïs, légumes divers, tabac, mais aussi et surtout céréales et vignes.

Du phylloxéra à l'émigration

Après 1884 tout change : le phylloxéra a tué la vigne, le train bouleverse le commerce et l'économie et la guerre 1914-1918 décimera les hommes. Les vignes et les champs situés sur les collines sont abandonnés et disparaissent au profit des chênes et des taillis.
Le 27 mai 1890, le Conseil Municipal de Gignac demande l'autorisation de planter du tabac afin de remédier aux pertes dues au phylloxéra de la vigne. De nouveau le 13 novembre 1893, on relève dans le registre des délibérations cette phrase : Les ressources de la commune sont considérablement diminuées par la destruction de ses vignes par le phylloxéra. En 1892 il ne restait plus à Gignac qu'un hectare de vigne.
C'est à cette époque qu'a lieu une forte émigration des jeunes vers Paris et les Etats-Unis d'Amérique. Le nombre d'habitants des communes baisse rapidement et fortement.

Les méthodes de travail
Elles sont longtemps restées artisanales. Avant l'arrivée du fouloir en 1920 on foulait le raisin avec les pieds dans la cuve et dans les comportes. On disait qu'on "trouillait" les raisins et on appelait le vin de presse le "trouilladis". De l'occitan trolhar et trolhadis.

En 1932 la surface consacrée à la vigne était de 20 ha. Aujourd'hui il reste très peu de vignes exploitées. Comportes, fouloir, pressoir, cuve et tonneaux sont abandonnés ou détruits.

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Ici un pressoir relégué dans le fournil du four


Catégorie : Faune et flore sur le Causse de Martel -


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