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Curiosités architecturales

04 bouc.JPG Sculpture de l'église de Saint-Bonnet
Modillon de l'abside (corbeau sculpté)
Tête de bouc
Péché capital illustré : la luxure

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Nostra lenga

A Gignac, on parlait, – on parle encore, – la langue d’oc, nostra lenga. Le rattachement à la France en 1738 n’a pas totalement mis fin à la langue locale. Faut-il rappeler que l’occitan n’est pas un patois, mais une langue véritable ? La langue locale a été une langue noble jusqu'au XVIème siècle, avec une littérature florissante, celle des Troubadours, dont l'un d'eux, Pierre Pélissier, clerc de notaire à Martel, devint bailli de la Vicomté de Turenne.

En ce qui concerne Gignac, situé au point de rencontre de trois dialectes d’une même langue : Haut Languedocien, parler du Bas-Limousin et Périgourdin, on trouvera bien évidemment des mots appartenant à l’un ou à l’autre de ces trois dialectes. Les frontières linguistiques ne sont pas hermétiques : les échanges commerciaux et les mariages ont créé chez nous un occitan métissé qui se rapproche tantôt du Limousin, tantôt du Languedocien, tantôt du Périgourdin. La limite entre les dialectes Haut Languedocien et Limousin passe tout près de Gignac, à Estivals et Nespouls (Corrèze). Au-dessus d'Estivals, on dit : la vacha, au-dessous, on dit : la vaca.  Ici on dit : la sal, plus haut, on dit : la sau.

carte occitan.jpg

Les notaires, dès le XVIème siècle, à la suite de l’ordonnance de Villers-Cotterets de 1539 qui imposait l’usage exclusif du français dans les actes officiels, ont rédigé leurs actes en langue d’oïl et ont francisé les noms de lieux. Ainsi la langue d’oc était réduite au rang de simple langue vernaculaire.
Il n’empêche que l’occitan reste une langue vivante et parlée par l’immense majorité de la population méridionale jusqu’à une date très récente. Le développement de la scolarisation dès la fin du XIXe siècle, les méthodes coercitives qui furent alors employées afin d’extirper cette langue appelée péjorativement patois, la diffusion de la presse écrite en langue française, puis audio-visuelle, ont contribué à l’acculturation occitane. Malgré des siècles de répression, cette langue, notre langue, n’est pas encore morte. Et c’est bien là un véritable paradoxe : jamais il n’y a eu aussi peu d’occitanophones, et pourtant on assiste à un essor considérable de cette langue dans l’enseignement, dans la littérature, dans le monde de la chanson, à la télévision même.

Gignac est une terre d'Oc.
Mistral disait, avec raison, que "La langue, c'est la clef", le véhicule de toute une culture.
Depuis quelques années on assiste à une tentative de renaissance et on peut parler de renouveau : " lo reviscòl " occitan.
De nombreuses nuances contenues dans la langue d’oc sont intraduisibles dans la langue française. C’est la raison pour laquelle les Anciens de Gignac ponctuent leur français d’expressions occitanes, quelquefois francisées. Il s’agit d’occitanismes incompris par les Français venus d’autres régions.

En voici quelques exemples :
Avem botar imor. Il a plu, le sol est humide.
Quò aurà bela esquerra. Ça aura une belle apparence, ce sera beau à voir (qu’il s’agisse d’un labour ou d’une future récolte).
Es estat far la tauvera. Il est allé travailler à la houe le bord du champ qu’on ne peut labourer.
Es estat qèrre deus mosserons. Il est allé rechercher des cèpes qu’il va ramener (le champignon par excellence).
Quò s’es embrumat. Ça s’est embrumé, c’est-à-dire « être atteint d’une maladie due à la brume » (animaux ou végétaux).
Para-me !  "Ouvre bien le sac pour que je puisse le remplir ". D’où l’expression Gignacoise "parer un sac". Dans le même ordre d’idée, à noter qu’on ne parle pas ici de sacs (en plastique ou en papier), mais de poches, transcription littérale du mot occitan pòcha.
Es dins aquò nòstre. Il est dans ça nôtre.
Le passé surcomposé est une caractéristique de l’occitan : Quand il a eu bu…, il est parti. Beaucoup de méridionaux l’emploient sans connaître la langue d’oc, tellement cette langue locale a marqué des générations d’hommes et de femmes.
 
La langue classique, celle du XIe au XVe siècle, était graphiée de façon cohérente.
Voici un exemple. Le son-voyelle du français ou est en fait une voyelle unique, notée par une lettre unique en ancien languedocien : o, tout comme en espagnol ou en italien u, et en portugais o.
Mais cette orthographe a progressivement disparu parce qu’on a pris l’habitude d’écrire l’occitan au moyen du système graphique du français, un système qui était inadapté. Depuis 1895, sous l’influence de personnalités comme Joseph Roux ou Louis Alibert, il y a eu un retour à la graphie classique.
En français il existe 16 sons-voyelles (15 à Paris) et aucune diphtongue. En occitan, nous avons dix sons-voyelles et de très nombreuses diphtongues, et même des triphtongues. On ne retrouve pas en occitan les voyelles nasalisées du français.

Pour en savoir plus
Ouvrages disponibles à la bibliothèque

Michel TINTOU Grammaire limousine n° 85 bis de Lemouzi Tulle 1983
Louis Alibert Dictionnaire Occitan Français selon les parlers languedociens Institut d'Estudis Occitans
Gérard Gonfroy Dictionnaire normatif Limousin-Français Editions Lemouzi Tulle 1975
Yves Lavalade Dictionnaire Français / Occitan Limousin - Marche - Périgord Ed. Lucien Souny
Yves Lavalade Dictionnaire Occitan Limousin /  Français Ed. Lucien Souny

Réaction n°10 

par soflemo le 14/01/2012 @ 16:25

Bonjorn ! De façon "conventionnelle" la séparation du sous-dialecte "bas-limousin" d'avec le sous-dialecte "périgourdin" et le sous dialecte "haut-limousin" suit les isoglosses "è(i)p/èsp, è(i)t/èst, è(i)k/èsk". Sauriez-vous préciser quels sont les villages situés de part et d'autre de" ces isoglosses en Corrèze ? Merci d'avance. Bon anada !

Réponse n°9 

par Robert_Vayssie le 26/08/2009 @ 11:16


Bonjorn,
Vos remercie per vostra remarca. Totas las communas que entoran la Peira deus tres evesques son un boiradis de Limosin, Peirigordin e Lengadocian. Cal rectifiar e legir :
"Ferrière, Favars, Nespouls : Limousin fortement teinté de Haut Languedocien et de Périgourdin."
Lo sud de la communa de Nespouls toca la communa de Gignac. Ferrière es situat entre Gignac e Nadaillac, a 2 km de la Peira deus 3 evesques, en zona boirada
. Pus n'em s'eslunha de la Peira deus 3 evesques, pus las influénças son limitadas. Lissac sur Couze es dins la zona del bas Limosin, marcat, avetz rason, pel Peirigordin (un pauc), mas tanben pel Lengadocian. Chasteaux es mas a 10 km de Gignac, n'em li parla tanben una lenga marcada per los tres dialectes. I a pas de frontiera linear per causa de eschamges comerciaus et de maridatges inter-despartamentaus.
Adissiatz

Réaction n°8 

par soflemo le 25/08/2009 @ 21:23

kBonjorn,

à la réaction N°5 il est indiqué :

"Lissac-s-Couze, Ferrière, Favars, Nespouls : Limousin fortement teinté de Haut Languedocien."

Ces localités n'appartiendraient-elles pas plutôt à la zone d'interférence "Bas Limousin teinté de Périgourdin" ?

En effet elles sont situées au nord d'Estivals et pour certaines aussi au nord de Chartrier-Ferrières. Or dans le tableau des interférences, les localités d'Estivals et de Chartrier-Ferrières sont notées comme faisant partie de la zone d'interférence "Bas Limousin teinté de Périgourdin", et non "Bas Limousin teinté de languedocien" alors qu'elles sont plus proches de la zone de parlers languedociens que certaines des localités de Lissac-s-Couze, Ferrière, Favars, Nespouls.

Merçès. Adissiatze

Réaction n°7 

par Robert_Vayssie le 03/01/2009 @ 10:12


Bonjour et bienvenue à Gignac,
"Clou del Pech" signifie en occitan "Enclos de la colline". "Clou" est une transcription erronée du terme occitan "claus" qui est l'équivalent du français "enclos" et signifie "endroit fermé" (pour que les animaux n'entrent pas dans le champ).
Vous trouverez plus d'infos sur cette expression dans le document " Des racines et des hommes" en vente à la bibliothèque.

Réaction n°6 

par auveli le 02/01/2009 @ 22:54

bonjour, habitant Gignac depuis 2 ans, nous nous y installons pour de bon et notre maison va se trouver au lieu-dit "Clou del pech". Si quelqu'un en connaît la signification, nous serions heureux de la connaître !

D'avance merci pour votre aide ;)

Réaction n°5 

par Robert_Vayssie le 18/12/2008 @ 18:06


Je peux donner des précisions seulement pour certaines des communes et villages que vous citez, les plus proches de Gignac :

Beauregard de-Terasson, le Lardin St Lazare, Condat : Périgourdin teinté de Limousin
Jayac : Périgourdin très peu marqué par le Haut Languedocien
Lissac-s-Couze, Ferrière, Favars, Nespouls : Limousin  teinté de Haut Languedocien
Paulin, Salignac-Eyvigues, Eyvigues : Périgourdin teinté de Haut Languedocien
Cressensac : Haut Languedocien fortement influencé par le Limousin
Lacisque, Chabournac, Cuzance, Lachapelle-Auzac : Haut Languedocien teinté de Limousin

Réaction n°4 

par soflemo le 16/12/2008 @ 10:26

Bonjour,

bravo pour le tableau de répartition des communes en fonction de leurs types de parlers !

J'aimerais avoir des précisions pour les autres communes situées de part et d'autre de ces zones interférentielles, à quels types de parlers appartiennent les villages suivants :

Payzac, Beyssenac, Savignac-Lédrier, St Cyr-les-Champagne, Charoncier, Anhiac, Salagnac, Cherveix-Cubas, Boisseuilh, Segonzac, Rosiers-de- Juillac, St Robert le Rale, Coubjours, Louignac, Nailhac, Badefois d'Ans, La Chapelle St Jean, Perpézac-le-blanc, Brignac-la-Plaine, Villac, Chatres, Peyrignac, Beauregard de-Terasson, le Lardin St Lazare, Condat, Issac-s-Couze, Jayac, Ferrière, Favars, Nespouls, Cressensac, Paulin, Salignac-Eyviques, Lacisque, Chabournac, Cuzance, Eyviques, Orliaguet, Peyrillac-et-M., Lachapelle-Auzac ?

Par avance, merci.


Date de création : 17/07/2020 20:08
Catégorie : -

Réactions à cet article

Réaction n°1 

par Guilena le 06/02/2021 19:00

Envoyé: samedi 6 Février 2021 17:47

Objet :  Les noms de lieux doivent-ils être francisés?

 PER VOS PARLATZ DE TOPONIMIA VEIQUI UN ARTICLE PLAN BEN FACH ; es en frances e si avetz un pauc de temps per  lo legir,  quò vos empaschará de vos alassar. Guilèna

Objet : Les noms de lieux doivent-ils être francisés?
>
Michel Feltin-Palas > mfeltin-palas@lexpress.fr
Les noms de lieux doivent-ils être francisés?
Dans un pays historiquement multilingue, il paraîtrait logique d'écrire les noms de lieux en catalan, en basque ou en breton. Mais on est en France...
Je ne prends pas grand risque en en faisant le pari : la plupart d'entre vous ne connaissez pas Treis-Sants-en-Ouche, "commune nouvelle" d'environ 1400 habitants située dans l'Eure, regroupant les anciennes localités deSaint-Aubin-le-Vertueux, Saint-Clair-d'Arcey et Saint-Quentin-des-Isles. Pourquoi ai-je décidé de vous en parler cette semaine ? Parce que l'appellation de cette nouvelle collectivité, qui signifie littéralement "Trois saints du pays d'Ouche", est écrite en normand et que cet exemple permet de poser concrètement la question de la langue utilisée en France pour désigner les noms de lieux.
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Au départ, une idée simple : "Nous avons fait ce choix parce que ce sont nos racines, notre culture", explique Marc Descamp, le premier magistrat de la localité. Seulement voilà, on est en France et, en France, on n'utilise pas n'importe quelle langue dans l'espace public. En la matière, des préconisations ont été fixées par la commission nationale de toponymie - une instance interministérielle. En substance : le français s'impose pour les noms des circonscriptions administratives - "région", "département", "commune", etc. -, ainsi que pour la partie générique des artères : "rue", "avenue", "boulevard", etc. En revanche, pour le reste, les langues régionales retrouvent droit de cité (c'est le cas de le dire), du moins là où elles sont ou ont été en usage. En Languedoc, rien n'interdit par exemple d'évoquer la "rue du Marcat" (rue du Marché). "Cette position nous paraît conforme à l'article 2 de la Constitution, qui indique que "la langue de la République est le français", et à son article 75-1, qui prévoit que "les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France"", souligne Pierre Jaillard, le président de la commission. Dans ce cadre, la formule "commune nouvelle de Treis-Sants-en-Ouche", avec un nom générique en français et une partie spécifique en normand, ne pose aucun problème.
Cette position est cependant jugée beaucoup trop tolérante par le ministère de l'Intérieur. D'ailleurs, dans un premier temps, le préfet du département de l'Eure s'était opposé à cette appellation. "Heureusement, le sous-préfet de Bernay nous a soutenus et a réussi à convaincre son supérieur", se souvient Marc Descamps. Qu'à cela ne tienne, ledit ministère - qui a refusé de répondre à L'Express - voit d'un mauvais oeil la valorisation des langues régionales, perçues comme un ferment de séparatisme. Et si l'existence d'un mouvement d'indépendance normand vous a échappé, rassurez-vous : ni Gérald Darmanin ni ses équipes ne l'ont repéré. Non, ce qu'ils redoutent, c'est que Treis-Sants-en-Ouche ne donne des idées à d'autres. Qu'en Corse, Ajaccio - à la française - ne soit rebaptisée Aiacciu, pour prendre un exemple qui ne doit rien au hasard. Car derrière la langue, il y a la culture, l'identité, le sentiment d'appartenir à un groupe. Et cela, au ministère de l'Intérieur, on n'apprécie pas vraiment.
C'est pourquoi sa direction générale des collectivités locales a fait pression pour que toute allusion aux langues régionales soit retirée des documents diffusés par la commission nationale de toponymie, comme en témoigne le compte rendu de la réunion qui s'est tenue sur le sujet. Dans ses "amendements au considérant 15", il est spécifié : "si Ajaccio créait une commune nouvelle avec une commune voisine, la nouvelle entité ne devrait pas s'appeler Aiacciu, mais soit Ajaccio, soit un nom vraiment nouveau." Pour plus de sûreté, la discrétion est clairement préconisée : "Le considérant 15, même ainsi amendé, ne sera pas cité dans le Guide pratique à l'usage des élus."
Pour autant, il serait abusif de considérer qu'il y a eu en France une volonté systématique de franciser des noms de lieux. En Bretagne, en Corse, en Provence, au Pays basque, en Provence, on trouve ainsi à foison des appellations qui témoignent de l'histoire linguistique de ces territoires. Il y a à cela une raison simple : pendant longtemps, l'Etat s'est totalement désintéressé de cette question (1). C'est seulement après-guerre, avec la création d'organismes comme l'Insee ou de l'Institut Géographique National (IGN), qu'il a entrepris de fixer des règles. Encore l'approche était-elle avant tout pragmatique : pour l'essentiel, on cherchait à mettre un terme à l'anarchie qui régnait en matière d'accents ou de traits d'union, afin d'améliorer l'efficacité des recensements.
Cela ne veut pas dire que l'Etat soit resté neutre en la matière. Dans les faits, d'innombrables noms de lieux ont bel et bien été francisés, souvent avec un total amateurisme, comme on peut le constater en lisant l'ouvrage20 000 lieux sous la loupe, qu'Yves Lavalade a consacré à la région du Limousin (1). A Vitrac-sur-Montane (Corrèze) Las Peiruças - les sols caillouteux - sont ainsi devenus... Les Perruches ! A Lignac (Indre), Los Caraudis - les touffes de noisetiers - ont été transformés en Les Coeurs-Ditstandis qu'à Juillaguet (Charente) Los defens - parcelles interdites à la pâture - ont été traduits par Les Défunts. Une démarche tristement révélatrice de l'ignorance de Paris à l'égard des langues minoritaires.
Certains diront qu'il y a des malheurs plus grands dans le vaste monde et ils n'auront pas tort. J'aimerais toutefois connaître leur réaction le jour où, à Dieu ne plaise, une Europe anglophile adopterait la même démarche et rebaptiserait Bordeaux "Waterfront", Tours "Towers" et Paris "Bets". Ce jour-là, peut-être comprendraient-ils ce que ressentent leurs compatriotes attachés à l'histoire et à la culture de leur région.
(1) 20 000 lieux sous la loupe, Yves Lavalade (illustrations de Jean-Louis Savignac), Editions Le Puy Fraud.