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30 mars 1944 Le jour où Gignac a failli connaître des représailles

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...   Le jour où Gignac a failli connaître des représailles
...   30 et 31 mars 1944

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Plaque souvenir à La Forêt

Premier témoignage, de Robert Labroue
C’était, je crois, à la fin du mois de mars, il faisait beau, le bourg de Gignac était calme malgré les tensions de la guerre. Une drôle de guerre qui créait de plus en plus de divergences entre les personnes. Il fallait « tenir sa langue », car, d’un côté, il y avait le maquis, toute une population qui défendait la France et qui comprenait les jeunes qui n’avaient pas voulu partir travailler en Allemagne (au STO), tous ces gens qui œuvraient clandestinement en risquant d’être dénoncés, de l’autre côté il y avait les gens de Vichy, les collabos, certaine police française et, bien sûr, la police allemande Nazie.
Cet après-midi de mars, mon père, Jean Baptiste Labroue, était allé chez sa sœur Louise et son beau-frère à Laval, commune de Jayac, avec le cheval et la voiture. Il arrivait dans la cour de la ferme lorsqu’il aperçut son beau-frère Gabriel Delmont qui arrivait en courant depuis la route de Jayac et en levant les bras. Il avait laissé son attelage de bœufs au Malpas, vers Jayac ;  mon père comprit qu’il se passait quelque chose de grave.
« Les Allemands arrivent par la route de Jayac. Pars vite avec Pierrot et passez par la route de La Forêt ! »
Mon père et son neveu Pierrot enfourchent deux vieux vélos et partent vers Gignac en passant par La Forêt. Mon père dit à son neveu : « Pars devant, ne m’attends pas, car tu iras plus vite que moi. » Il avait environ 17 ans. Ils entendaient déjà le roulement des camions. « Tu arriveras à Gignac bien avant moi et tu pourras prévenir ta tante et ta grand-mère. J’arriverai dès que je pourrai. »
Mon père passe donc au village de La Forêt et tombe sur des maquisards qui faisaient le gué et qui l’ont arrêté. Mon père leur explique la situation, mais ces jeunes ne voulaient pas le croire. Ils pensaient que les Allemands ne viendraient pas par là. Enfin mon père, qui connaissait le chef du groupe, un nommé Gaston Sarnel, lui dit de déguerpir en vitesse et de prévenir les gens de La Forêt.
Mais déjà le bruit des camions allemands se rapprochait et ils ont enfin pris conscience qu’ils pouvaient très bien venir vers La Forêt. Il était un peu tard pour tout enlever et ne pas laisser de traces, voitures, motos, munitions… Ils n’ont eu que le temps de partir en vitesse avec leur mitraillette. Les habitants sont presque tous restés dans leur village. Ils ne pensaient certainement pas qu’ils auraient à faire à ces lâches barbares de la division SS Brehner.
Mon père arrive enfin à Gignac, chez lui. Il prévient la population du bourg et va rejoindre ses amis de l’ombre qui se trouvaient dans une remise derrière le restaurant de Victoria Veyssière (restaurant situé dans le bourg, route de Nadaillac). Après avoir réfléchi aux planques possibles des jeunes et des maquisards, ils ont prévenu les groupes environnants de l’arrivée possible des colonnes allemandes par Nadaillac.
Le jour commençait à tomber lorsqu’une forte odeur  de fumée se répandit, venant de la direction de La Forêt.
Nous sommes montés sur le Pied de la Montagne proche du bourg. Je me souviens y être allé également. De ce point élevé nous avons découvert le drame qui se jouait vers La Raymondie et La Forêt, les villages les plus proches dans cette direction.

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La maison vers vers 1920 (Photo sur plaque de verre)

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La maison en 2015

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La maison vers vers 1920 (Photo sur plaque de verre)
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La maison en 2015

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La maison vers vers 1920 (Photo sur plaque de verre)
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La maison en 2015

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La maison vers vers 1920 (Photo sur plaque de verre)
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La maison en 2015

Mon père et les quelques maquisards qui se trouvaient dans le bourg de Gignac ce soir-là n’allèrent pas se coucher. De l’arrière des bâtiments ils guettèrent la route de Nadaillac. A un moment ils virent arriver un homme à pied, ils le cernèrent et l’amenèrent dans la remise. Ils le firent parler. Il déclara venir de La Forêt où, dit-il, il y avait les allemands. Le village était en feu et tous les habitants étaient rassemblés. Il en avait trop dit. Le groupe comprit qu’il s’agissait d’un milicien espion que les allemands avaient laissé filer. Le chef du groupe, un nommé Camille, avait déjà sorti son révolver et voulait l’abattre sur le champ, mais, après concertation, il fut décidé de le garder la nuit et de l’amener pour un interrogatoire approfondi vers le groupe plus important de Martel.
Au petit matin il fut pris en charge par deux résistants, REISDORFF ROBERT (20 ans, né Rouffignac-Saint-Cernin-de-Reilhac en Dordogne) et VERDIER ROGER appelé "Sam" (22 ans, né à Jugeals-Nazareth). Ils lui détachèrent seulement les jambes et lui laissèrent les bras attachés derrière le dos. Il fallait passer la route nationale 20 à un endroit ou à un autre. Ils passèrent par Cressensac où ils tombèrent sur les GMR.

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Plaque installée sur le Monument de Cressensac
Robert Reisdorff né le 10 mars 1924 à Rouffignac-Saint-Cernin-de-Reilhac (24)
Mort pour la France le 31 mars 1944
Roger Verdier né le 20 février 1922 à Jugeals-Nazareth (Corrèze)

Mort pour la France le 31 mars 1944

Les deux maquisards furent abattus et le milicien se sauva et raconta toute l’histoire, disant qu’il avait été arrêté au bourg de Gignac par 4 ou 5 personnes, un nommé Camille, un autre avec une veste de « pâtissier » (c’était mon père avec sa veste de boucherie-charcuterie) et un nommé Burézo, puis deux ou trois autres personnes…
Aussitôt, dans la journée, le bourg de Gignac fut entouré par les GMR et les mitrailleuses braquées sur le bourg depuis les hauteurs environnantes. Les Groupes mobiles de réserve, souvent abrégés en GMR, étaient des unités paramilitaires créées par le gouvernement de Vichy. Nous les remarquions bien de la salle de classe où nous étions. On pensait qu’il allait y avoir des représailles. C’est ce que disaient entre elles les grandes personnes autour de nous.
Le commandant des GMR se dirigea tout droit vers le restaurant de Victoria Veyssière et demanda à rencontrer le nommé Camille. Celui-ci se trouvait dans la salle. Il s’avança vers le chef GMR et lui dit : « C’est moi Camille, je suis ici le responsable de ce qui s’est passé et je suis à votre disposition. » Le chef des GMR ne répondit pas et lui dit de prendre ses affaires et de le suivre. Entre-temps il lui avait enlevé son révolver.
Camille monta dans sa chambre d’hôtel. Le chef des GMR fut aussitôt que lui dans la chambre et lui dit : « Vous êtes courageux et loyal. Si tous les français étaient comme vous, nous n’en serions pas là !... Prenez vos affaires, sortez par l’escalier arrière de l’hôtel et filez. »
Il attendit quelques minutes, prit son arme et tira en l’air, puis il descendit et s’en alla rejoindre la compagnie GMR qui replia bagage et s’en alla.
Nous avions bien cru, disait mon père, que Camille Delmas était mort !...Mais non, il y avait eu un bon français qui commandait ce groupe de police de Vichy et qui avait eu un cas de conscience. Le sort d’un village, à ces moments-là, ne tenait pas à grand-chose ! Gignac n’avait pas connu de représailles.

Au moment de ces drames affreux que subissait la France, j’avais 9 ans, nous habitions le bourg de Gignac avec mes parents Jean Baptiste et Olivia et mes grands parents Philippe et Augustine. Si j’ai écrit ces souvenirs, qui sont encore intacts en moi, c’est pour que les jeunes générations se souviennent de cette barbarie des hommes : celle de La Forêt à Nadaillac, celle concernant  M. Lanoix, le boulanger de Chavagnac à qui l'on a demandé de chauffer son four, puis ils l'ont précipité dedans vivant.
Tout ceci m’a marqué, me tourmente beaucoup, surtout la nuit, et me marquera jusqu’à la fin de mes jours. Je pense aussi beaucoup à toutes ces familles éprouvées à jamais.
Robert Jean Labroue
Né le 6 juin 1935

Deuxième témoignage

Le 30 mars 1944, le camp est installé depuis huit jours dans la forêt de la Salamonie, au lieu dit «  La Forêt de Nadaillac »; c'est le camp le plus confortable dans lequel ces résistants ont vécu depuis le 10 octobre 1943 : ils sont dans un petit hameau de cinq maisons, en pleine forêt, au fond d'une vallée ; un poste de surveillance a été mis en place sur la colline, et c'est Charrièras (Mal aux pattes), coiffeur de son état, résistant de le 1ère heure et ami de Daunois qui assure la garde ; il a vu une forte colonne allemande (ils apprendront plus tard qu'il s'agissait de la trop fameuse division Brehner) s'engageant sur le chemin menant au camp et donne l'alerte ; le groupe franc, appliquant les consignes que Lacombe a reçu de Daunois, fait le coup de feu pour permettre au gros de la  troupe de se disperser. Furieux de constater que les maquisards leur échappent, les S.S. et leurs supplétifs s'en prennent à la population. Cinq civils furent massacrés et le hameau incendié (entraînant d'ailleurs la destruction des dossiers du groupe Dujaric) :Cérou Paul (50 ans), Delbos André (46 ans), Delbos Yvon (19 ans), Pécouyoul André (63 ans), Jardel Adrien (39 ans) ont été fusillés par les allemands le 30 mars 1944.

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Monument de La Forêt


Troisième témoignage, celui d’un rescapé, Pierre Gauthier, originaire de La Bachellerie

"A la suite de cette attaque nous nous dispersons comme prévu ; chacun pour soi, nous nous retrouvons à 4 ou 5 dans les bois, dans un trou que nous recouvrons de branches et de feuilles ; nous y resterons trois jours qui nous parurent bien longs, d’autant que nous entendions les Allemands qui patrouillaient et hurlaient tout autour. Découverts, nous aurions été faits comme des lapins. Ce sont des choses qui marquèrent les jeunes garçons que nous étions. Au loin nous entendions les cloches de notre village sonner Pâques, et notre moral était au plus bas malgré l’espoir de jours meilleurs."


Date de création : 14/07/2020 17:02
Catégorie : Au fil des siècles -

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